Revenons sur cette remarque récurrente dans les échanges sur la Chine, qui accusent sa « dictature » : « ll n’y a pas de liberté en RPC ». Variation sur la question : « Et la liberté d’expression en Chine socialiste, alors?! ».
La liberté est l’une des douze valeurs fondamentales du socialisme à la chinoise. Mais cette liberté « à la chinoise » ne désigne pas les libertés INDIVIDUELLES, au sens libéral ou occidental du terme, que nous appelons en droit : « libertés fondamentales » (liberté d’aller et de venir, liberté d’association, liberté d’expression, liberté de conscience, etc.).
Ce concept socialiste chinois de liberté est marqué par le souvenir du siècle d’humiliation (1842-1949) au cours duquel la Chine a été martyrisée, comme tant d’autres pays, d’ailleurs, parce qu’elle était naïve et divisée (200 millions de morts env. en Inde entre 1757 et 1948, 100 millions en Chine entre 1842 et 1949, 2 millions aux Philippines en 1902, etc.). Avec l’arrivée de Mao au pouvoir, elle en a tiré cette conséquence : la PREMIERE liberté est COLLECTIVE. Pour les communistes, il allait pour ainsi dire de soi que la liberté fut d’abord un bien commun (plutôt qu’une qualité attachée au sujet de droit individuel). Face à l’impérialisme occidental et japonais, il fallait d’abord faire équipe, cause commune, avant de défendre la moindre liberté individuelle. Dans n’importe quel combat collectif pour défendre sa propre liberté de décider d’un destin collectif, il FAUT savoir rester uni. La première liberté, celle qui conditionne toutes les autres, est donc la DISCIPLINE. Cette liberté prend donc la forme d’un DEVOIR, non celle d’un DROIT (et Simone Weil, dans l’Enracinement, me semble avoir dit cela très clairement en des termes compréhensibles aux « occidentaux »).
Exemple/comparaison : si dans une équipe de foot, un arrière ou le goal revendiquent la liberté individuelle ou le droit de faire ce qui leur plait, l’équipe désorganisée risque surtout… de perdre (et c’est ce qui s’est passé en Chine au XIX et XXe siècles!). L’équipe n’est LIBRE de gagner (pouvoir décider de son avenir, ses buts, ses moyens) QUE SI chacun reste à la place qui lui est assignée. Et plus le combat ou la guerre sont intenses, plus l’impératif disciplinaire doit être rigoureux.
Or, disent les Marxistes, il y a bien un guerre des classes (du pouvoir de l’argent et de ses affidés politico-médiatiques) et les USA, et l’OTAN la mènent au moyen d’armées qui font des morts tous les jours. Voir tous les changements de régime en Amérique du sud au XXe s., la Yougoslavie en 1999, et les guerres d’Irak, de Lybie, d’Afghanistan, Vénézuela, Ukraine, Syrie, Gaza, Liban , Iran… Liste interminable. Et rien qu’au Japon (qui a menacé la Chine en 2026!!), une vingtaine de bases américaines sont déployées pour instrumentaliser les japonais et au PDP de Lai Qing De souhaitant prêter main forte à l’OTAN pour ukrainiser Taïwan au mépris du Droit onusien (réf à la Résolution de l’ONU n°2758). Mais que fait l’OTAN (organisation de l’Atlantique Nord) dans… le Pacifique? Elle défendrait LA liberté? Si loin de ses propres frontières et en dérogation de ses propres statuts? Les guerres préventives ont bon dos.
Corollaire : les élites de l’Occident global utilisent l’idéologie séduisante de la liberté individuelle (car qui n’a pas envie de faire ce qui lui plait?) pour tenter de DIVISER l’ennemi. Car si dans un pays UNI pour défendre sa souveraineté contre l’impérialisme otanien, on peut créer des factions politiques qui dissolvent cette unité, on peut préparer des changements de régime, révolutions colorées et espérer en prendre le pouvoir. Telle est la stratégie guerrière des élites hégémonistes de l’Occident Global qui instrumentalisent la belle idéologie de la « liberté » pour convaincre leur cible de se soumettre, et leur propre population de financer leurs guerres contre les dictatures du Sud Global…
Exemple chinois : en juin 1989, à Tian An Men, l’Occident a utilisé l’universitaire « libéral » Liu Xiao Bo (et d’autres) pour tenter de déstabiliser le régime chinois. On pourra retrouver sans peine sur le Net tous les discours de Liu Xiao Bo qui encourageaient la « recolonisation de la Chine par l’Occident », la dénonciation des « chinois » comme « non humains », au nom du très libéral sens de la liberté – ce qui soyons clairs, revient à regretter la colonisation de la France par l’Allemagne en 1940, et à considérer que nous l’avions mérité parce que nous aurions été des sous-hommes. Difficile à avaler.
En gros, la stratégie destabilisatrice du discours libéral a marché au XXe siècle. De temps, ça a pu rouspéter : les américains avaient protesté contre la guerre au Vietnam! Mais en gros, ça a marché, et les souverainetés nationales ont été brisées à la pointe de cette séduisante liberté! Curieux paradoxe que celui d’un Empire anglo-américain (et de ses vassaux européens et japonais) qui a pillé, soumis, tué, génocidé au nom de la défense des libertés! Les Chinois ont « refusé » la sacrosainte « liberté du marché mondial »? Ils ont « osé refuser » le commerce britannique de l’opium ? Leur « dictature ose » aujourd’hui empêcher que nos journalistes ne polluent leur roman national par le poison de nos médias subventionnés? Ces indignations ont produit leur effet, mais leur temps est révolu : ça ne marche plus! Les peuples sont fatigués des guerres pour la liberté (contre le socialisme chinois, contre les dictatures, contre les mollahs iraniens, etc.), et de leur double standard!
Un souverainiste universaliste n’a nul besoin d’être pro-chinois, pro-iranien, pro-coréen ou pro-russe : vouloir que son peuple se détermine lui-même, lui impose seulement de reconnaître à TOUS les autres peuples le même droit de SE GOUVERNER eux-mêmes. L’universalisme souverainiste de la liberté ne consiste pas à vouloir que tout le monde adopte nos valeurs, à universaliser des valeurs nationales, c’est-à-dire à absolutiser des valeurs particulières, et encore moins à les imposer par des sanctions économiques ou par la force militaire. C’est pourquoi je reviens si souvent sur le principe de réciprocité de la règle d’or de la morale (« ne fais pas à autrui, etc. »). En effet, la liberté des USA et de l’OTAN désigne leurs fameuses « règles » (celle de leur « Ordre Basé sur des Règles ») : elles se résument en une règle, comme on le voit tous les jours : la Loi du Plus Fort, la loi de la Jungle. Qu’un esclavagiste crie à la censure, qu’un voleur crie à l’assassin, ça ne manque pas de piquant! Laissons lui donc au moins la liberté d’expression! Mais cette liberté tout le contraire d’un fondement pour reconstruire un Droit International. On ne peut pas invoquer la liberté contre la diversité des cultures, car la liberté est cette diversité même.
Il va falloir nous y habituer!