Ethique : La critique du dogme de l’entendement divin

L’Etendue n’a pas d’abord été conçue avant d’être réalisée. C’est une notion qui se trouve dans les tout premiers textes de Spinoza : l’idée que la création sous le principe du Bien, à partir d’un entendement qui concevrait les possibles avant de les mettre en œuvre, cette idée apparaissait à Spinoza irrationnelle, incompréhensible. L’entendement de Dieu ne précède pas le cercle. Si c’était le cas, le cercle ne serait pour nous que très relativement compréhensible ; nous ne pourrions jamais saisir des raisons suffisantes des propriétés du cercle (c’est en un sens ce qui arrive chez Descartes pour qui c’est un acte de liberté absolue qui a posé le cercle comme il doit être pour notre raison et comme il doit être dans la nature). Pour Spinoza, cette limitation interdit de comprendre véritablement la réalité du cercle. Dieu saisit le cercle comme il doit être dans l’Etendue et comme il doit être en idée dans la Pensée. Donc il le saisit à la fois comme cercle et comme idée de cercle. La saisie réflexive de l’idée par l’entendement ne peut être qu’une suite. L’entendement est donc un mode, infini sans doute, mais ce n’est qu’un mode. L’entendement de Dieu est donc pour Spinoza nature naturée, le fondement de la nature naturée dans l’ordre de la connaissance. Le texte décisif à cet égard est le scolie de la proposition 17 de la première partie : Spinoza procède hypothétiquement par l’absurde : si l’entendement et la volonté font partie de l’essence de Dieu, alors il y a effectivement incommensurabilité entre notre volonté et notre entendement et ceux de Dieu, si l’entendement et la volonté font partie de l’essence de Dieu, c’est-à-dire de la nature naturante. Cette conclusion fait éclater l’absurdité de l’hypothèse : ce n’est pas la conclusion de Spinoza mais une conclusion qui lui paraît comporter une absurdité en ce sens qu’elle interdit toute connaissance et qu’elle frappe d’aphasie celui qui l’admet. Il faut donc nier que l’entendement et la volonté font partie de l’essence de Dieu. C’est une démonstration par l’absurde, a posteriori car admettre l’incommensurabilité entre les entendements humain et divin, c’est admettre que rien n’est véritablement compréhensible. Beaucoup de scolies prennent la forme d’un « si…alors… », d’un « oui…mais… » et le lecteur hâtif risque de prendre pour une concession ce qui est en réalité une réfutation. L’immanence signifie la parfaite intelligibilité du réel, donc l’identité (pour l’entendement, lorsqu’il conçoit des idées vraies) entre ce qui est pour nous et ce qui est en soi. C’est pour cette raison qu’il fallait insister sur le caractère modal de l’entendement divin. L’entendement divin ne conçoit que ce qui se produit selon des lois nécessaires.